Ce mercredi 18 février 2026, Alexandre Bompard a dévoilé les nouveaux horizons du Groupe Carrefour. Entre “Digital Retail”, massification des marques propres et bascule massive vers la location-gérance, le PDG dessine les contours d’un groupe qui change de métier : passer d’exploitant de magasins à un modèle hybride de franchiseur et de plateforme de services.

L’annonce était attendue par les analystes et redoutée par les partenaires sociaux. En clôturant le cycle précédent, Alexandre Bompard a lancé officiellement le plan « Carrefour 2030 ». Si la croissance du chiffre d’affaires reste un objectif, la priorité absolue est désormais la rentabilité opérationnelle et la flexibilité du parc de magasins.
1. La Location-Gérance : La “Clé de Voûte” de 2026
L’annonce la plus structurante de ce jour concerne le mode de gestion des actifs physiques. Alexandre Bompard a confirmé que la location-gérance (LG) n’était plus un outil de crise, mais le pilier central de la gestion des hypermarchés.
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Le mécanisme financier : En transférant un magasin en LG, Carrefour déleste son bilan de la masse salariale (qui représente environ 12 % du CA en gestion propre) pour la transformer en une redevance payée par un gérant indépendant.
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Objectif 2026 : Une nouvelle vague de 15 à 20 hypermarchés est programmée pour un transfert en 2026. Le PDG justifie ce choix par la nécessité de redonner de l’agilité entrepreneuriale à des sites dont les coûts de structure pèsent sur la compétitivité prix.
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Le profil des repreneurs : Carrefour privilégie désormais des profils d’investisseurs capables de gérer plusieurs sites (multi-franchisés), créant ainsi des “mini-groupes” au sein du réseau Carrefour.
2. Le Dossier Brûlant des ex-Cora
L’intégration des 60 magasins rachetés au groupe Louis Delhaize (Cora) arrive à un tournant décisif. Après 18 mois de bascule sous enseigne Carrefour, le constat d’Alexandre Bompard est nuancé : si le changement d’image est réussi, la performance économique est “hétérogène”.
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Déficit de rentabilité : Selon les indicateurs présentés, une partie significative du parc ex-Cora peine à atteindre les marges cibles du groupe. En cause : une structure de coûts héritée de l’ancien modèle et une érosion de la clientèle historique sur certains rayons spécifiques.
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Le diagnostic “LG” pour Cora : Le PDG a explicitement cité les sites ex-Cora comme cibles prioritaires pour la location-gérance en 2026. L’idée est de confier ces paquebots commerciaux à des gérants indépendants pour “réveiller” le commerce local et adapter l’offre plus finement que ne peut le faire une gestion centralisée depuis Massy.
3. La Marque Propre : Le “Bouclier” de 2026
Pour Alexandre Bompard, la bataille des prix se gagnera par la Marque de Distributeur (MDD).
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Objectif 40 % : D’ici fin 2026, 4 points de vente sur 10 en valeur devront être des produits Carrefour.
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Massification : Le groupe réduit drastiquement le nombre de références de marques nationales (Danone, Nestlé, etc.) au profit de ses propres gammes, offrant de meilleures marges au distributeur tout en affichant des prix plus bas pour le consommateur.
4. Innovation : Le “Retail Media” et l’IA comme relais de croissance
Carrefour 2030 se veut une stratégie de haute technologie. Le groupe mise sur deux leviers immatériels :
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Unlimitail (Retail Media) : La régie publicitaire du groupe doit générer des bénéfices records d’ici 2030 en vendant les données d’achat aux industriels.
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Intelligence Artificielle Générative : Déjà utilisée pour la logistique, l’IA va désormais piloter les promotions personnalisées sur l’application Carrefour, avec pour but de réduire le gaspillage de 30 % d’ici 2030.
Conclusion : Un changement de paradigme
Alexandre Bompard a conclu son intervention en martelant que Carrefour devait “épouser les méthodes des indépendants” (Leclerc, Intermarché) pour survivre. Cette mue en franchiseur global marque une rupture historique avec le modèle intégré qui a fait la gloire de l’hypermarché “à la française”.
Pour les salariés, notamment ceux issus de l’univers Cora, l’année 2026 s’annonce comme celle de toutes les incertitudes, entre changement de statut juridique et adaptation forcée aux nouvelles méthodes d’un groupe en pleine révolution libérale.
