Auditionné par le Sénat, hier, 31 mars, le PDG du groupe Carrefour a défendu l’usage de la franchise et de la location gérance qui ont permis de développer et d’éviter de fermer des magasins, surtout des hypers en les redressant.
« On n’a pas fermé de magasins », assure le PDG de Carrefour, questionné sur le passage d’hypermarchés en franchise
Ils représentent la grande majorité des aides publiques, directes ou indirectes, versées au groupe. Parmi les autres grandes catégories de soutien de l’État figurent 20 millions d’euros au titre des subventions pour les contrats d’apprentissage ou le financement pour le centre de formation des apprentis, ou encore 50 millions d’euros de crédits d’impôts versés au titre des dons alimentaires effectués par l’enseigne aux associations (pour 90 à 92 millions d’euros).
Un soutien à « l’emploi non délocalisable »
Invité à livrer son sentiment sur l’utilité des aides publiques en général, Alexandre Bompard a estimé que ces dernières avaient « permis de soutenir l’emploi non délocalisable, de préserver la compétitivité-coût de la France et d’être un contrepoids au coût du travail qui demeure particulièrement élevé dans notre pays, rapport à la moyenne de l’OCDE […] Elles ont eu pour effet d’abaisser le taux de chômage des personnes à faible qualification ou des personnes entrant sur le marché du travail ».
Conscient des licenciements qui peuvent parfois intervenir dans les entreprises du pays, alors même qu’elles bénéficient de subsides, Alexandre Bombard a recommandé aux sénateurs de ne « pas non plus en tirer une généralisation hâtive ». « Ces décisions sont rarement prises à la légère, souvent dictées par des impératifs de survie ou de transformation, et ne suffisent pas à la invalider le bien-fondé des dispositifs dans leur ensemble. Conditionner les aides à l’absence de restructurations ou de départs serait à manier avec prudence, au risque de rigidifier le tissu économique ou de créer des effets pervers », a-t-il averti.
« Affaiblir unilatéralement nos outils de compétitivité reviendrait à nous désarmer »
Comme son homologue d’Auchan il y a quelques jours, le dirigeant a d’ailleurs rappelé que son secteur traversait d’importants bouleversements. Il a également insisté sur le contexte international particulièrement instable, notamment avec Donald Trump qui vient « reconfigurer les règles du jeu économique mondial ». Dans ces conditions, « affaiblir unilatéralement nos outils de compétitivité reviendrait à nous désarmer dans un moment où Etats-Unis et Chine investissent massivement pour attirer les activités industrielles et technologiques de demain », selon lui.
Le PDG de Carrefour a néanmoins considéré qu’il était « totalement légitime » de s’interroger sur le niveau des allègements de cotisations. Le rapport Bozio-Wasmer recommandait notamment une politique d’exonération beaucoup plus progressive, et moins concentrée au niveau du Smic. « Nous sommes favorables à cette évolution », a plaidé le chef d’entreprise. A ses yeux, l’approche « la plus productive consiste sans doute à mieux évaluer, mieux cibler, et mieux piloter les exonérations, comme le préconise la Cour des comptes ».
Controverse entre le rapporteur communiste et le PDG au sujet des effectifs et des magasins passés ou franchise ou en location-gérance
Le rapporteur de la commission d’enquête, le sénateur communiste Fabien Gay, n’a toutefois pas partagé le discours de son interlocuteur sur le dynamisme en termes de création d’emplois. « Les chiffres racontent une autre histoire », a affirmé le sénateur de Seine-Saint-Denis, soulignant que le nombre de salariés en France est passé de 112 000 en 2017 à un peu moins de 75 000 en 2023. « L’argent public ne sert pas à maintenir l’emploi, c’est même plutôt l’inverse », a-t-il questionné.
« Nous ne fermons pas de magasins, nous recourons à des entrepreneurs pour gérer des magasins que nous n’arrivons pas à gérer », a répondu Alexandre Bompard, qui a fait état d’une « cinquantaine d’hypermarchés qui perdaient entre 5 et 10 millions d’euros » chaque année, lorsqu’il a pris ses fonctions en 2018. « On me demandait de les fermer. Depuis mon arrivée, combien avons-nous fermé d’hypermarchés ? Zéro », a-t-il déclaré aux sénateurs.
Le PDG a précisé que le mode de gestion de certains points de vente avait changé. Chaque année, « une quarantaine de magasins » en difficulté sont passés sous le régime de la franchise ou de la location-gestion, une variante du premier cas de figure, dans lequel l’enseigne reste propriétaire du fonds de commerce et perçoit un loyer. En parallèle d’ouvertures de nouveaux magasins de proximité, Alexandre Bombard a assuré qu’il y avait désormais 170 000 personnes qui travaillent « sous enseigne Carrefour », contre 125 000 à son arrivée en 2018. Environ la moitié sont pleinement intégrés au groupe, la moitié sont sous franchise ou en location-gestion. « Tout cela nous a permis de développer l’emploi », a-t-il insisté.
« On a négocié avec les partenaires sociaux une garantie sociale, une clause sociale, qui prévoyait le maintien des contrats, le maintien de 90 % des avantages de la situation Carrefour », a-t-il souligné, ajoutant que les seuls « plans de départs volontaires » ont concerné les activités au niveau du siège.
« Il y a la question de l’emploi et la qualité de l’emploi […] « Comprenez bien que ce n’est pas la même chose d’être salarié de Carrefour, d’un groupe extrêmement puissant comme le vôtre, que d’être seulement salarié d’un hypermarché qui compte 150 salariés », a réagi le sénateur.
« Ce ne sont pas les conditions de travail qui sauvent le magasin, c’est un ensemble entrepreneurial qui se met à l’œuvre », a rétorqué le PDG du groupe. « Je préférais cette option-là, à la fermeture, et au plan social. Le plan social, c’est ce qu’on peut faire de pire. On n’a pas fermé de magasins […] Comprenez bien que cela nous a permis de sauver notre modèle, de sauver les hypermarchés », a-t-il ajouté.
L’enseigne, qui compte 6 000 magasins en France, a transmis de cette façon 200 magasins, qui étaient en difficulté. « Combien se sont améliorés, voire ont été complètement sauvés ? 195 », a assuré Alexandre Bompard.
L’an dernier un recours contre la décision du groupe de passer une quarantaine de magasins en location-gérance en 2025, estimant qu’il s’agissait d’un plan social déguisé concernant plus de 27 000 salariés depuis 2018. La semaine dernière, le juge des référés s’est déclaré incompétent pour trancher et a renvoyé « l’examen de l’affaire devant le juge de la mise en état de la chambre sociale du tribunal judiciaire d’Évry » (Essonne) ».
Source : Public Sénat