Carrefour veut racheter Codifrance, le grossiste de Coccinelle et CocciMarket, pour 155 millions d’euros

Carrefour a déposé une offre de 155 millions d’euros pour racheter Codifrance, le grossiste de proximité qui approvisionne plus de 3 000 épiceries et supérettes, dont 800 sous les enseignes Coccinelle et CocciMarket. Les magasins, eux, appartiennent à des commerçants indépendants liés à Codifrance par un contrat d’affiliation. L’offre, révélée par La Lettre, n’est pas encore signée.

Selon La Lettre, qui a publié l’information le 29 septembre 2026, l’offre de Carrefour a été déposée cet été auprès du groupe belge Colruyt, propriétaire de Codifrance. Le conseil d’administration de Colruyt l’a examinée vendredi 25 septembre, et le dossier serait « en bonne voie d’aboutir ». Contacté par l’AFP, Carrefour n’a pas souhaité commenter. Interrogé par LSA, Colruyt n’a pas démenti une possible vente.

Créée en 1969, Codifrance a son siège à Châteauneuf-sur-Loire, dans le Loiret. L’entreprise livre ses clients depuis deux grands entrepôts, l’un dans le Loiret, l’autre dans le Calvados, avec environ 8 000 références en frais, épicerie et surgelés. Elle a réalisé environ 300 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025 et emploie emploie autour de 500 salariés. C’est la dernière activité de Colruyt en France, depuis la cession de ses supermarchés français.

Sur les 3 000 magasins qu’elle approvisionne, environ 800 portent l’une de ses cinq enseignes : CocciMarket (248 magasins), Panier Sympa (193), VivÉco Market (167), Épi Service (114) et Coccinelle (74). Le réseau couvre les trois quarts du pays, du centre-ville au village, mais reste absent de huit départements du Sud-Ouest, des Landes aux Pyrénées-Orientales. Coccinelle, la moins nombreuse, décline aussi un format supermarché qui la rapproche des enseignes de supermarché en franchise.

La plupart de ces points de vente sont des commerces de village ou de quartier de quelques centaines de mètres carrés. Pour ouvrir une supérette de ce type, le commerçant doit compter sur une marge brute de 20 à 35 % selon les rayons, ce qui rend le prix d’achat auprès du grossiste décisif pour sa rentabilité.

Carrefour n’était pas seul sur le dossier. D’après La Lettre, le groupement des Mousquetaires (Intermarché, Netto) avait déposé en juillet une offre d’un peu plus de 120 millions d’euros. Selon Olivier Dauvers, spécialiste de la grande distribution, Codifrance est aujourd’hui rattachée à Intermarché pour ses achats, par l’intermédiaire de Francap.

Carrefour s’engagerait à conserver les 500 salariés et les deux entrepôts de Codifrance pendant 18 mois. Deux points restent en discussion : le nombre de commerçants prêts à rejoindre Carrefour, et la liste des magasins que le groupe français céderait en parallèle à Colruyt en Belgique.

« Franchisé ? Non, affilié ! » : Codifrance résume ainsi son modèle sur son site. Le commerçant ne paie ni droit d’entrée ni redevance calculée sur son chiffre d’affaires, seulement une cotisation mensuelle fixe. Il choisit son statut juridique et ses horaires, suit des prix conseillés mais non imposés, et s’engage pour cinq à sept ans.

Ce contrat léger explique le faible ticket d’entrée : ouvrir un magasin CocciMarket demande un apport personnel de 20 000 à 25 000 euros. C’est aussi pourquoi Carrefour ne rachète pas les magasins eux-mêmes : il reprendrait le grossiste, ses enseignes et ses contrats, et le nombre de commerçants prêts à le suivre reste l’un des points ouverts de la négociation.

Chaque contrat ayant une durée limitée, les commerçants affiliés choisiront à son échéance entre leur enseigne actuelle et les autres réseaux de supérettes en franchise, dont les conditions d’entrée et de redevance diffèrent souvent de l’affiliation.

Les enseignes Codifrance couvrent tout l’éventail de la proximité. Panier Sympa et Épi Service s’adressent surtout aux villages, VivÉco Market aux quartiers, CocciMarket aux centres-villes, avec un format City récemment ouvert dans le 18e arrondissement de Paris. Ces magasins viendraient s’ajouter aux formats de proximité que Carrefour développe déjà avec ses propres franchisés.

Coccinelle monte d’un cran, avec des Coccinelle Express en ville et des Coccinelle Supermarché. Au-delà de 400 m², ces magasins changent de catégorie : on quitte la proximité pour la surface où l’on peut ouvrir un supermarché, entre 400 et 2 500 m², avec une offre complète en frais, épicerie, surgelés et non-alimentaire.

Ni Carrefour ni Colruyt n’ont officialisé l’accord. Les prochaines semaines diront si l’offre est signée, combien des 3 000 commerçants approvisionnés par Codifrance choisissent de suivre, et quels magasins belges changent de main en contrepartie. Les salariés des entrepôts du Loiret et du Calvados auront, eux, une visibilité de 18 mois si les engagements rapportés par La Lettre sont confirmés.

 

Source : L’Express Franchise

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